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Témoignage: E.R.L. ressuscite un homme, Place d'Arme, le 15 Août 1915

Depuis longtemps déjà j'entendais parler de cette résurrection, sans toutefois n'avoir jamais rencontré de témoins. Par nécessité pour vivre j'étais retourné travailler à la buanderie. J'avais pour compagnon de travail un nommé LÉONIDE LEMAY, jeune homme de dix-huit ans, catholique mais non fanatique. Un jour, il me dit:

"Tu appartiens à la Mission de Richer, toi?" Je répondis dans l'affirmative. Il continue:

— "Il a ressuscité un homme sur la Place d'Armes."

— "Comment sais-tu cela, toi?"

— "Ma mère était présente. Elle l'a vu de ses propres yeux."

— "Comment cela? Ta mère était présente, tu affirmes qu'elle fût témoin d'un semblable prodige, et je ne la vois jamais dans nos assemblées. Elle devrait au moins croire à la puissance de Richer, comme tu l'appelles irrévérencieusement."

— "Ah! bien, tu comprends, elle en parla à son confesseur, et il lui a dit que c'était peut-être vrai qu'elle avait vu le mort se lever; mais que tout cela était une frime; que Richer était le plus grand magnétiseur des temps modernes, etc..."

— "Mais que fais-tu alors du témoignage du médecin consulté sur les lieux, qui avait bel et bien déclaré mort, celui que Notre Divin Maître avait ressuscité?"

Là-dessus le jeune homme ne put me répondre. Quelques jours après, un samedi après-midi, Madame Lemay, mère de Léonide, vint à la buanderie, et elle raconta ce qu'elle avait vu, le 15 août, à la Place d'Armes. Je lui cède la parole.

"Il faisait une chaleur torride, dit-elle. Il y avait foule sur la Place d'Armes. Tout à coup, un homme s'affaisse. On criait partout: "Faites venir l'ambulance." Il y avait sur les lieux un médecin, dont elle ne m'a pas décliné le nom. Du reste, je crois qu'elle l'ignorait elle-même. Le médecin s'approche et dit: "On n'a pas besoin d'ambulance. Faites venir la morgue, il est mort."

À ce moment, le divin Maître, qui travaillait au bureau de postes, en face, sortait de l'édifice. Certains badauds, qui le connaissaient se mirent à crier, en se moquant: "Voilà Richer, il parle à la Sainte Vierge, Lui, il doit être capable de le ressusciter." Le Maître ne disait rien, pas un mot, tout en s'avançant, l'air majestueux, solennel et d'un sérieux extrême. La foule se fendait sur son passage. Il arrive enfin devant le cadavre. Il ne dit mot, mais il élève les mains, et à ce geste le mort se lève, regarde son Libérateur sans mot dire, et enfile la rue voisine de l'église Notre-Dame. La populace, toujours la même, se met à suivre le mort et laisse le divin Thaumaturge seul...Voilà ce que Madame Lemay me raconta dans son langage un peu peuple. Elle ajoute cependant:

— "L'apparence et le geste de Monsieur Richer firent sur moi une profonde impression."

— "Pourquoi alors ne le suivez-vous pas, comme je le fais?" lui dis-je.

— "Vous comprenez, il n'est pas catholique, et l'on dit qu'il fait des prodiges par la force du Diable."

— "Allons donc, ripostai-je, est-ce que Satan a quelque puissance? Peut-il ressusciter un mort quand il est lui-même l'artisan de la mort? Ne disait-on pas de Jésus qu'il faisait des prodiges par la force de Belzébuth?
Là-dessus elle nous quitta, l'air embarrassé, et je ne la revis jamais.