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| Témoignage:
Le mouchoir providentiel |
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Nous sommes
encore à Montréal, dans l'hiver 1918.
Je chômais et me trouvais sans pécunes pour acquitter mon loyer. J'étais crucialement inquiet, car j'avais été prévenu par mon propriétaire que si je ne payais pas le lendemain, qui se trouvais un mercredi, je serais évincé incontinent. Je broyais du noir, appréhendant, avec raison, d'être jeté sur le pavé sans plus ni mais. Le mardi soir, nous décidâmes, ma femme et moi, d'aller rendre visite à Sa Majesté, qui habitait toujours chez M. Haché, rue Fullum. Il faisait froid et la chaussée était flanquée de hauts remparts de neige. À une intersection des nombreuses rues qui traversent la rue Mont-Royal, la neige ayant été enlevée pour donner passage aux voitures et aux piétons, je donnai un coup de pied sur un vieux mouchoir sale, lequel offrit une certaine résistance pourtant. Nous continuâmes notre route, lorsque qu'un certain remords tout vénal, mêlé d'un espoir indécis, me fit raviser et regretter mon geste. Nous revînmes sur nos pas et je ramassai le dit mouchoir. Je constatai qu'un coin contenait un noeud, lequel dissimulait indubitablement un trésor. Je défis le noeud anxieusement. Il y avait huit dollars dans le coin noué. C'était le prix exact de mon loyer. Je jetai le mouchoir dans la neige et serrai soigneusement le huit dollars dans ma poche, jubilant de joie et rendant grâces au Seigneur. Mon inquiétude venait d'être convertie en félicité. Quand nous arrivâmes chez M. Haché, ce fut le Maître Lui-même qui vint nous ouvrir. En me donnant la main, Il me dit: "Je vois: vous avez vos huit dollars pour payer votre loyer, demain. Alors vous ne serez plus inquiet." Je lui répondis affirmativement en remerciant Sa divine providence de manifester tant de générosité à mon endroit. Et Sa Majesté continua de payer mon loyer ainsi chaque mois, jusqu'à ce que je trouvasse un emploi assez rémunérateur pour subvenir à mes propres dépenses. Personne ne savait et ne pouvait savoir que mon loyer était dû le lendemain, sauf la divinité. Mais la divinité le savait. Elle connaissait aussi mon inquiétude et mon embarras. En sauveur que le Maître était, Il me tira de mon impasse et m'assura ainsi un gîte pour les temps froids, qui étaient très rigoureux en ces hivers d'antan. Ainsi que Jésus le recommandait: "Ne vous inquiétez pas du manger, du boire et du gîte. Votre Père y pourvoira." Et Il y a toujours pourvu, souventes fois de façon originale et malgré l'indignité de nos chairs pécheresses. |