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| Témoignage:
Fut pris qui voulait prendre |
| Napoléon était
accoutumé de dire: "Il n'y a point de grand homme pour son valet
de chambre." Cette vérité s'est même
appliquée au Maître. Bien qu'Il fût la
Troisième Personne de la Sainte Trinité, l'Être
parfait par excellence, qu'Il fût la divinité même,
sa femme ne voulut jamais croire à Sa Mission céleste.
Elle le trompa; et son amant préféré, (car elle en
eut plusieurs), était un jésuite, lequel, drôle de
coïncidence, portait le même nom que le premier
transgresseur, ADAM. Elle voulut même l'empoisonner, sans doute
sous le conseil de son clérical amant. Elle avait
déposé un poison, un soir, dans son thé. Mais
Celui qu'on ne peut jamais tromper, flaira le sinistre dessein. Il
prit la tasse pleine du liquide empoisonné, et en la vidant dans
l'évier, Il dit à la traîtresse: "Tu pourrais
peut-être tenter de faire cela à d'autres, si ça te
plaît, mais jamais à Moi." Quand elle sortait, à
son retour, le céleste Mari lui détaillait toutes ses
allées et venues avec une précision que seul Dieu peut
faire. Loin de se convertir, elle s'endurcissait davantage. Son amant
lui disait: "Vous voyez bien qu'Il est possédé du Diable,
puisqu'Il sait tout et qu'Il n'est pas catholique." Et
pour agréer ses paroles, le reptile jésuitique
assouvissait sa passion criminelle sur l'épouse même du
Seigneur. Cette sale femelle, endoctrinée par Adam et le
clergé en général, persécuta son divin Mari
tant qu'elle le put. Selon la loi divine, l'époux ne peut garder
la femme adultère; mais l'immonde loi cléricale conseille
et ordonne de la garder. Et comme la loi québécoise est
essentiellement cléricale, le Maître ne pouvait la
répudier sans encourir la vindicte du Tribunal. Alors, ne
voulant point désobéir à Dieu en demeurant avec
une adultère, et surtout la faire vivre avec ses sueurs, Il
décide de s'expatrier. Il fit donc un stage aux
États-Unis, dans les endroits cités
antécédemment. Toujours poussé par la rage
ecclésiastique, cette immonde femelle se rendit aux
États-Unis et leva un mandat d'arrestation contre son divin
Époux. Mais, comme toujours, Celui qui sait tout, éventa
le projet et revint au Canada s'installer à Saint-Claude, petit
village insignifiant près du hameau natal. Il y demeura quatre
ans, où Il exerça le métier de berger. Pendant ce
laps de temps, Il se ramassa la jolie somme de $7,000.00, en un endroit
désertique où tous les habitants crevaient de faim,
à faire l'élevage du porc. Le temps étant venu de
commencer Sa Mission évangélique, Il lui fallait vendre
Sa ferme. Mais dans un endroit aussi peu favorable. les
acquéreurs étaient rarissimes. Cependant, ce qui est
impossible à l'homme-bête est possible à Dieu. Un
finfin, un capable, un je-sais-tout, qui arrivait justement de
Lewiston, Maine, devait réaliser le voeu du Seigneur. Voici
comment la chose se passa. Un certain "habitant" des environs voulait,
lui aussi, se débarrasser de sa
ferme, afin de venir habiter la ville. Mais personne n'avait l'argent
nécessaire que le fameux Richer dit La Flèche, de
Saint-Claude. Un dimanche après la grand-messe, comme c'est
l'habitude dans les campagnes, "l'habitant" causait de son projet sur
le perron de l'église paroissiale avec les autres fermiers et
les villageois. Le nouveau venu des États-Unis, "le capable"
dit: "Je vais y aller, moi. J'en ai déjà vu du monde. Je
suis capable de lui parler à votre La Flèche. Je vous
garantis que je vais lui vendre votre terre," dit-il au fermier. Tous
s'esclaffèrent de rire. — "Ah! mon vieux, on voit que tu ne connais pas La Flèche. Il pourrait vendre de l'eau bénite au Diable même." — "Bah! reprit "l'omnipotent" Lewistonnien, êtes-vous prêt à parier que je lui fais acheter votre terre?" demanda-t-il au cultivateur incrédule. — "Ah! oui, je parierais certainement que ni vous ni d'autres ne réussirait." Les paris s'établissent. Et les fermiers de rire des plus belles. Mais le rodomont Lewistonnien leur assurait qu'ils n'étaient qu'une clique de superstitieux; qu'ils n'avaient qu'à le laisser faire, et qu'il reviendrait de chez La Flèche la terre vendue et payée. Il part. Le Maître l'attendait. Il avait ouï, vous le comprenez bien, n'est-ce pas? toute la conversation tenue sur le perron de l'église. Le Seigneur était accoudé sur la clôture. Il reçoit fort courtoisement "l'éminent homme d'affaires" des États. Un conciliabule s'engage, et une heure après le Lewistonnien avait acheté et payé argent comptant la ferme, avec tout son contenu, et il s'en retournait au village où l'attendait toute la population de la paroisse. L'hilarité fut générale lorsque l'acquéreur de la ferme La Flèche raconta son marché. Tout le monde riait aux larmes. — "On te l'avait bien dit, que tu te ferais prendre. Cet homme parle au Diable. Il n'y a pas moyen de faire des marchés avec Lui. Il sait tout; Il connaît tout. C'est une merveille! Il guérit comme Il veut. Dans les affaires il n'y a pas son pareil. Le curé dit que c'est l'Antichrist." Tout de même le Maître fut bon pour le matamore. Il progressa et vendit la terre, qu'il avait acquise du Divin Pourvoyeur, plus cher qu'il ne l'avait payée, tant il est vrai que le divin Maître était honnête et bon. |