On daignera bien m'excuser si je
manque à la rectitude chronologique dans le récit
des prodiges accomplis par Notre Seigneur Eugène Richer dit
La Flèche. Je les rapporte comme ma mémoire me les
rappelle sans suivre aucune symétrie, chronologique ou autre. Je
ne fais pas ici une biographie du divin Maître, je narre tout
simplement les hauts faits de Sa Toute-puissance, qui sont, du reste,
d'un symbolisme et d'une morale on ne peut plus salutaires. Car le
Maître n'est pas venu sur la terre dans un vain but de gloriole,
comme c'est souvent le cas chez les vulgaires Terriens, Il nous le
répétait souvent: "Je ne suis pas venu chercher la gloire
ici-bas. La désirais-Je? Je n'aurais qu'à faire un
miracle devant la foule; et elle Me porterait en triomphe. Non! J'ai
horreur des flatteries et des flagorneries de toutes espèces. Je
vins ici-bas établir une doctrine, fonder un Royaume. Je veux
des adeptes convaincus par la parole, éprouvés par
l'adversité et dans l'intimité instruits
et éclairés." C'est la réponse à ceux
qui se demandent: "Pourquoi le Maître ne s'est
pas manifesté en public, devant les foules? Jésus
l'a fait, et Il n'a convaincu personne de sa mission, pas
même ses supposés Apôtres, qui ne le suivaient que
par intérêt. D'ailleurs, c'est le Nazaréen
lui-même qui l'affirme, en disant: "Vous m'avez suivi tant que je
vous ai nourri." Ce qui signifie que ses adhérents
n'étaient au fond qu'une clique d'opportunistes cupides, sauf
peut-être un fort petit nombre. La preuve, lors de son
arrestation, Pierre le renie, Judas le vend, et les autres
défenseurs, matamores apostoliques et hâbleurs
tonitruants, prennent la fuite à la vue des soldats romains.
Ceux que le Messie avait guéris ou ressuscités
n'étaient pas plus là que ses Apôtres, et la foule
qui avait crié: "Gloire au Fils de David!" avec des rameaux en
mains, était la même qui cria:
"Crucifiez-le! Crucifiez-le!" sur la voie du calvaire. Le disciple
véritable est celui du coeur, convaincu par la
véracité des faits et la Lumière du Verbe. C'est
la raison pour laquelle le Souverain Révélateur ne
s'exhiba jamais en public pour extérioriser sa puissance et
ébahir des badauds. En cela il ne faisait qu'accomplir une des
prophéties relatives à sa venue. Isaïe et
Jésus ont prédit: "Celui qui viendra à la fin des
temps n'adressera pas la parole en public. Il ne criera point, Il
n'élèvera pas la voix; Il ne la fera pas entendre dans
les rues. Il ne brisera pas le roseau froissé, et
n'éteindra pas la mèche prête à mourir.
etc., etc..." (Isaïe 42, 2 et 3). Le prophète compare ici
la religion à un roseau faible et fragile, déjà
froissé, et la théologie, mèche prête
à s'éteindre. En effet, le Maître n'a pas
achevé de briser le roseau, et Il n'a pas complètement
éteint la mèche dont la flamme tremblante est à
l'agonie; mais Il a laissé au monde le moyen d'anéantir
ce roseau, crût dans les eaux fangeuses de la mère, ainsi
que le secret comment éteindre cette mèche aux lueurs
blafardes et mensongères qu'on nomme la théologie
erronée, ourdie, tramée par la quatrième
Bête, l'Hydre papale. Si le Seigneur Richer n'a pas accompli ses
prodiges devant la foule, Il les opéra devant quelques
témoins sincères, auxquels incombent le devoir
de
les faire connaître au monde. Vous répondrez à
ceci: "Mais le monde ne les croira point!" Il le savait et nous aussi,
nous le savons. Mais qu'importe! Le Royaume de Dieu, tel que
déclaré par le Christ, ne sera pas construit avec le
monde non plus. "Mon Royaume n'est pas de ce monde!" dira le Messie
à ses contemporains. Et je crois qu'Il embrassait et comprenait
Ses propres Apôtres dans cette déclaration
énergique. Si le Royaume divin n'est pas de ce monde,
c'était donc inutile au glorieux Maître de faire des
prodiges devant lui, devant ce monde qui ne fera jamais partie de son
Royaume. Cependant Il poussa la magnanimité jusqu'à
guérir et ressusciter des incroyants mêmes, pour bien
prouver aux sincères que ce n'était pas la foi des
récipiendaires ou des privilégiés qui les
guérissait, mais Sa Toute-Puissance à Lui, le Dieu Vivant
fait homme, incarné dans Celui que le vulgaire appelait RICHER.
Donc, ce divin Richer, incompris des mortels, résolut de vivre
solitaire dans un petit appartement de la rue Hôtel de Ville,
Montréal. Un soir, alors qu'Il se disposait à prendre un
très frugal repas, apprêté par Lui-même,
ça frappe à la porte. Le Maître va ouvrir. Le
distingué visiteur n'était autre que Témoignages
31 Jésus-Christ lui-même. Le Maître avoua avoir
été un peu gêné parce que le lieu
n'était pas propre. Étant seul, contraint de travailler
pour vivre, Sa Majesté n'avait pas le temps de vaquer aux
travaux du ménage, qui sont plutôt dévolus à
la femme. Or il n'y avait pas de femme, pour servir le Seigneur.
Donc l'endroit était sale. Le Maître toutefois invita
le Christ à souper. Jésus répondit: "Nettoie bien
la place, et je reviendrai avec ma mère." Là-dessus le
premier Oint disparut.
Quelle magnifique leçon! Toute la Mission du divin Maître
était comprise dans ces paroles: Nettoyer l'endroit où le
Seigneur doit habiter. Chasser les vendeurs du temple, les menteurs,
les saloperies. Et une fois la besogne accomplie, eh bien! les
Consacrés viendront y résider avec leur mère. |